• Débâcle culturelle

    Le cerveau nous joue des tours pas toujours agréables. Je ne m'attache pas à mes cauchemars dieu merci, mais celui ci dont je me rappelle l'intégralité, me ramène à des réflexions faites ces derniers temps.

    Je me voyais discutant dans une librairie parisienne avec un vendeur qui tentait de m'arnaquer sur un livre d'art consacré à la Comédie Française. Il voulait me le vendre plus de 200€, me faisait payer à peu près la même somme, je revenais au magasin le rendre faisant jouer mon droit de rétractation et le menaçait de faire sa pub ici même sur ses agissements malhonnêtes. Le livre était un peu usager et comportait un défaut d'impression justifiant un prix nettement inférieur comme nombre de ses bouquins.

    Le libraire a existé. Le libraire a disparu, ma dernière visite date d'environ 20 ans. Il se situait passage Choiseul à Paris, non loin de la sortie menant à la rue St Augustin près de la rue du 4 septembre. On y trouvait des étalages surchargés de livres d'art comme sur un certain nombre de trétaux de vendeurs à la sauvette sur les trottoirs de Paris. Il avait aussi des cd rares, épuisés chez les disquaires, dans le magasin également des livres sur des sujets divers, tous dont l'édition était épuisée. C'était avec un peu plus loin au passage Vivienne, le bouquiniste qui lui existe encore, mon lieu de flânerie voire de ruine à midi après être allé déjeuner au self de la banque rue Thérèse. J'y ai trouvé un coffret superbe de l'histoire de la réalisation des décors de Don Juan de Mozart pour le Festival d'Aix en Provence bien avant que les installations scéniques actuelles ne soient en place.

    Pierre Jean Jouve signe cet essai, il était un philosophe renommé de la première moitié du XXe siècle. Cassandre de son vrai nom Adolphe Jean Marie Mouron, était un graphiste, décorateur de théâtre connu entre autres pour son affiche du paquebot Normandie en 1930. A l'opéra de Paris il signa de nombreux décors dont celui magnifique par sa sobriété pour le ballet Mirages  créé le 15-12-1947 chorégraphié de Serge Lifar sur une musique de Henri Sauguet, avec entre autres Michel Renaud danseur étoile de l'opéra de Paris, puis professseur jusqu'en 1987, 4 ans avant sa disparition.

    Don Juan- Le Cimetière - Cassandre

     

    La salle du dernier repas de Don Juan avec le Commandeur - Cassandre

     

    Pour en revenir au livre ci-dessus il était numéroté, dans un coffret sobre. Je l’acquérais je me souviens pour l'énorme somme de 30 FRF! De même chez le même libraire du passage, je découvrais le coffret publié avec le concours de la Caisse des Dépôts en 1987, à l'occasion de la réouverture du Théâtre des Champs Elysées nouvellement restauré et contenant outre l'histoire du Théâtre, celle de la restauration et complété par un disque 33 tours de concerts donnés au théâtre entre 1948 et 1960 par Ingelbrecht et Desormière à la tête de l'Orchestre National de Radiodiffusion Française ainsi qu'une VHS de la réalisation des travaux. Edition numérotée également bradée pour je ne sais quelle raison. Celui qui la possédait ne se rendait pas compte de ce qu'il avait entre les mains le pauvre!

    Chez mon bouquiniste passage Vivienne ce sont deux autres merveilles: la brochure du Pain ménage de Jules Renard annotée de la main d'Yvonne Printemps épouse de Sacha Guitry et une édition numérotée du Guerre et Paix de Tolstï avec dit la notice une dessin original de Picasso, de l'écrivain assis à son bureau; je me dis que je devrai le faire expertisé et je remets toujours la chose au lendemain.Est-ce un original? Vraiment j'en doute!

    Aujourd'hui mon libraire passage Choiseul, pourvoyeur de tant de petits joyaux de ma bibliothèque, a disparu victime du délabrement culturel exponentiel de notre pays et du reste du monde d'ailleurs. 

    A une époque les moyens technologiques en croissance exponentielle, s'accompagnent de la chute des connaissances culturelles et se poursuit au même rythme. On croit être cultivé parce qu'on fait une recherche sur Google ou qu'on lit un livre sur une tablette, mais on oublie le petit détail de ces systèmes qui sont beaucoup plus éphémères que la possession de l'ouvrage imprimé. Aurait-on encore aujourd'hui des traces des œuvres d'un Homère, d'un Rabelais ou Molière avec nos moyens actuels de diffusion? J'en doute sérieusement. 

    Je ne suis pas un opposant au progrès technologique, et de loin; quand on a été l'un des rares en 1972 à promouvoir l'utilisation de l'informatique en Analyse Financière et créé la première banque de données financières Française en 1983, Selecval, on ne peut m'accuser d'un tel retard mental.

    Mais je crois fermement que pour que notre jeunesse puisse vraiment savoir lire, écrire, parler dans un français correct, le support papier est indispensable. Que notre ministre de l'éducation nationale ne l'oublie pas sans cela ses réformes si judicieuses soient-elles, seront vouées à l'échec.

    Il faut apprendre à nos jeunes que posséder un Smartphone n'est pas la réponse à tout et n'est nullement synonyme de communication et de pérennité de la culture pour ne pas dire de l'information tout simplement, de notre histoire nationale et mondiale.

    C'est en se souvenant et en en ayant les moyens de s'en souvenir qu'on évite des erreurs qui peuvent avoir des conséquences économiques, financières et sociales, humanitaires, catastrophiques.


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  • Commentaires

    1
    Mardi 5 Septembre à 17:30

    Bonjour Claude,

    il paraît que ça s'appelle l'évolution! Pauvre de nous ou plutôt de nos petits enfants.

    C'est vrai que chez les bouquinistes on trouvait de petits trésors! Mais existent-ils encore? Depuis le temps que je n'ai pas mis mes pieds à Paris, c'était pour la naissance de Maël et on n'a pas eu le temps de faire les bouquinistes. On a fait le allers-retours entre le 13è  (hébergés chez nos amis) et la maternité de Port Royal.

    Bon c'est à nous de nous adapter dur dur!

    Bisous.

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