• A la manière de...

    Pastiche pour rire un peu dans ce monde délétère:

    Benalla

    Approchez-vous, Macron, et prenez votre place.

    On veut sur vos soupçons que je vous satisfasse.

    J'ignore de quel crime on a pu me noircir:

    De tous ceux que j'ai faits je vais vous éclaircir.

    Vous régnez: vous savez combien votre prestance

    Entre l'empire et vous avait mis de distance.

    Les droits de mes aïeux, qu’Evreux a consacrés,

    Etaient même sans moi d'inutiles degrés.

    De mes antécédents vous fûtes le témoin

    Et ne pouvait nier en être le soutien.

    Parmi tant de beautés qui briguèrent mon choix,

    Qui de vos affranchis mendièrent vos voix,

    Je souhaitais ce lit, dans la seule pensée

    De vous laisser au trône étant à vos cotés.

    Je fléchis mon orgueil, j'allai prier Hollande.

    Mon maître, chaque jour caressé dans mes bras,

    Prit insensiblement de ses yeux les appas,

    L'amour où je voulais amener sa tendresse.

    Mais ce lien du sang qui nous joignait tous deux

    Ecartait donc Collomb aux regards pernicieux

    Il n'osait épouser mes vues sur la matière.

    Le sénat fut séduit: une loi moins sévère

    Mit Collomb à mes pieds et vous à mes genoux.

    C'était beaucoup pour moi, ce n'était rien pour vous.

    Je vous fis sur mes pas entrer dans ma famille:

    Je vous montais en grade et de la République

    En dépit de Le Pen, Vous fûtes candidat.

    Ce n'était rien encore. Eussiez-vous pu prétendre

    Qu'un jour à vous le peuple pût préférer une femme ;

    De cette même populace j'implorai le secours:

    Elle vous adopta, vaincu par mes discours,

    Vous appela Macron, et du pouvoir suprême

    Voulut, avant le temps, vous faire part lui-même.

    Mes promesses aux uns éblouirent les yeux;

    La matraque me délivra des plus séditieux;

    Collomb même, lassé de ma plainte éternelle,

    Eloigna de ces lieux tous ceux de qui le zèle,

    Engagé dès longtemps à suivre son destin,

    Pouvait du trône encor vous fermer le chemin.

    Je fis plus: je choisis moi-même dans ma suite

    Ceux à qui je voulais pouvoir donner un gîte;

    J'eus soin de vous nommer, par un contraire choix,

    Des gouverneurs qu’enfin j’honorais de ma voix;

    Je fus sourd à la brigue, et crus la renommée:

    J'appelai de l'exil, je tirai de l'armée,

    Et ces mêmes ministres, et secrétaires d’Etat,

    Qui vers l’Elysée s’engagèrent à la fois.

    De François en même temps épuisant les richesses,

    Ma main, sous votre nom, répandait ses largesses.

    Les spectacles, les dons, invincibles appas,

    Vous attiraient les cœurs du peuple et des soldats,

    Qui d'ailleurs, réveillant leur tendresse première,

    Favorisaient en vous la marche en un éclair.

    Vos gardes, votre palais, son lit m'étaient soumis.

    Je vous laissai sans fruit consumer ma tendresse;

    De ses derniers désirs je me rendis altesse:

    Mille bruits en courent à ma honte.

    Et tandis que j’ allais secrètement

    De l'armée en vos mains exiger le serment,

    Que vous marchiez au camp, conduit sous mes auspices,

    Dans Paris les autels fumaient de sacrifices:

    Par mes ordres trompeurs tout le peuple excité

    De votre accession le champagne célébrait la santé.

    Enfin des légions l'entière obéissance

    Ayant de votre empire affermi la puissance,

    On vous vit, et le peuple, étonné de son sort,

    Apprit en même temps votre règne et son sort.

    C'est le sincère aveu que je voulais vous faire.

    Voilà tous mes forfaits. En voici le salaire.

    Du fruit de tant de soins à peine jouissant

    En avez-vous douze mois paru reconnaissant,

    Que lassé d'un respect qui vous gênait peut-être,

    Vous avez affecté de ne me plus connaître.

    J'ai vu de vos fidèles, aigrissant vos soupçons,

    De l'infidélité vous tracer des leçons,

    Ravis d'être vaincus dans leur propre science.

    J'ai vu favorisés de votre confiance

    Philippe et Coullomb, jeunes voluptueux,

    Et de tous vos plaisirs flatteurs respectueux;

    Et lorsque vos mépris excitant mes murmures,

    Je vous ai demandé raison de tant d'injures,

    Seul recours d'un ingrat qui se voit confondu,

    Par de nouveaux affronts vous m'avez répondu.

    Aujourd'hui je punis par ma juste colère,

    Ceux de vos ennemis et les traine parterre.

    Que faites-vous? Me voici, enlevé à la cour,

    Deviens en une nuit l'objet d’un désamour;

    Je vois de votre cœur ma vie toute menacée,

    Prête à sortir du lit où vous m'avais placé;

    Je me vois à l’instant banni, mon mariage arrêté;

    Vous attentez enfin jusqu'à ma liberté:

    Collomb ose sur moi porter ses mains hardies.

    Et lorsque, convaincu de tant de perfidies,

    Vous devriez me voir que pour le chasser,

    C'est vous qui m'ordonnez de me justifier.

     

    Macron

    Je me souviens toujours que je vous dois l'empire,

    Et sans vous fatiguer du soin de le redire,

    Votre bonté, Monsieur, avec tranquillité

    Pouvait se reposer sur ma fidélité.

    Aussi bien ces soupçons, ces plaintes assidues,

    Ont fait croire à tous ceux qui les ont entendues

    Que jadis (j'ose ici vous le dire entre nous)

    Vous n'aviez, sous mon nom, travaillé que pour vous.

    "Tant d'honneurs, disaient-ils, et tant de déférences,

    Sont-ce de ses bienfaits de faibles récompenses?

    Quel crime a donc commis cet Hollande condamné?

    Est-ce pour obéir qu'il l'a fait couronner?

    N'est-il de son pouvoir que le dépositaire?"

    Non que, si jusque-là j'avais pu vous complaire,

    Je n'eusse pris plaisir, Monsieur, à vous céder

    Ce pouvoir que vos cris semblaient redemander;

    Mais la France veut un maître, et non un mercenaire.

    Vous entendiez les bruits qu'excitait ma colère.

    Le sénat chaque jour et le peuple, irrités

    De s'ouïr par ma voix dicter vos volontés,

    Publiaient Benalla déchu de sa puissance

    M'avait encor laissé seul et votre obéissance.

    Vous avez vu cent fois nos soldats en courroux

    Porter en murmurant leurs aigles devant vous,

    Honteux de rabaisser par cet indigne usage

    Les héros dont encore elles portent l'image.

    Toute autre se serait rendue à leurs discours,

    Mais si vous ne régnez, vous vous plaignez toujours.

    Avec Mélenchon  contre moi réunis,

    Vous le fortifiez du parti d’insoumis,

    Et la main de Le Pen trame tous ces complots.

    Et lorsque malgré moi j'assure mon repos,

    On vous voit de colère et de haine animée.

    Vous voulez supplanter votre rivale armé:

    Déjà jusques au camp le bruit en a couru.

     

    Benalla

    Moi, de vous déchoir? Ingrat! l'avez-vous cru?

    Quel serait mon dessein? qu'aurais-je pu prétendre?

    Quels honneurs dans la cour, quel rang pourrais-je attendre?

    Ah! si sous votre empire on ne m'épargne pas,

    Si mes accusateurs observent tous mes pas,

    Si de leur empereur ils poursuivent le fer,

    Que ferais-je au milieu d'une cour étrangère?

    Ils me reprocheraient, non des cris impuissants,

    Des desseins étouffés aussitôt que naissants,

    Mais des crimes pour vous commis à votre vue,

    Et dont je ne serais que trop tôt convaincu.

    Vous ne me trompez point, je vois tous vos détours:

    Vous êtes un ingrat, vous le fûtes toujours.

    Dès vos plus jeunes ans, mes soins et mes tendresses

    N'ont arraché de vous que de feintes caresses.

    Rien ne vous a pu vaincre, et votre dureté

    Aurait dû dans son cours arrêter ma bonté.

    Que je suis malheureux! Et par quelle infortune

    Faut-il que tous mes soins m’attirent votre rancune ?

    Je n'ai que vous. O ciel, qui m'entends aujourd'hui,

    T'ai-je fait quelques vœux qui ne fussent pour lui?

    Remords, crainte, périls, rien ne m'a retenu;

    J'ai vaincu vos mépris; j'ai détourné ma vue

    Des malheurs qui dès lors me furent annoncés;

    J'ai fait ce que j'ai pu: vous régnez, c'est assez.

    Avec ma liberté que vous m'avez ravie,

    Si vous le souhaitez prenez encor ma vie,

    Pourvu que par ma mort tout le peuple irrité

    Ne vous ravisse pas ce qui m'a tant coûté.

     

    Macron

    Eh bien donc! Prononcez. Que voulez-vous qu'on fasse?

     

    Benalla

    De mes accusateurs qu'on punisse l'audace;

    Que de Coullomb le perfide on calme le courroux;

    Que la France à mon choix puisse m’égaler à vous;

    Qu'on soient libres tous deux, sans que Coullomb demeure;

    Que vous me permettiez de vous voir toute heure;

    Que ce même Coullomb, qui nous vient écouter,

    À votre porte enfin n'ose plus m'arrêter.

     

    Macron

    Oui, Monsieur, je veux que ma reconnaissance

    Désormais dans les cœurs grave votre puissance,

    Et je bénis déjà cette heureuse froideur,

    Qui de notre amitié va rallumer l'ardeur.

    Quoi que Coullomb ait fait, il suffit, je l'oublie,

    Avec vous seul enfin je me réconcilie,

    Et quant à cet amour qui nous a séparés,

    Je vous fais notre arbitre, et vous nous jugerez.

    Allez donc, et portez cette joie à la terre.

    Gardes, qu'on obéisse aux ordres de mon cerbère.

     

     


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  • Commentaires

    1
    Samedi 21 Juillet à 23:36

    Bonsoir Claude,

    oui c'est extra, bon dimanche 

    bises

    Sylvie

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