• Bilan d'une lecture

    Je reviens sur le livre de Daniel Cordier : Alias Caracalla, dont je viens d'achever la lecture. 

    Indépendamment du caractère éminemment sympathique et attachant de son auteur, le lecteur trouvera dans ce livre une mine d'informations sur la façon dont se comportait la résistance entre 1940 et 1944. 

    On reste effaré devant celui de la plupart des chefs de la Résistance plus concernés par leur ambitions personnelles, cherchant chacun à tirer la couverture à soi, ne voulant absolument pas tenir compte de la situation réelle de la France face aux alliés qui ne pouvaient pas avoir une grande opinion d'une nation qui s'était distinguée pendant près d'un demi siècle depuis l'avènement de la troisième république, par des dirigeants d'une incompétence et irresponsabilité totale. 107 gouvernements se sont succédés pendant cette période. Lire le livre commenté ici de William Shirer sur ce régime qui aboutit au comportement d'une lâcheté sans égale en Mai-Juin 1940 et à un armistice et une rupture du pacte signé avec l'Angleterre de ne pas faire de paix séparée. 

    Le contingent français sauvé à Dunkerque (pas loin de 140000 hommes) , retournera en France, seuls environ 2000 d'entre eux demeurent sur place et se regroupent autour de De Gaulle. 

    Cordier  fait nettement la différence entre les résistants de l'intérieur et ceux qu'il appelle les "free french", les français libres qui comme lui on décidé dès l'annonce de l'armistice de quitter le pays pour rejoindre Londres et que le représentant de Vichy menaça de cours martiales s'ils ne rentraient pas en France en venant prendre leurs noms à Olympia près de Londres. 

    Ces français dont un certain nombre comme Cordier ont décidé de rejoindre le BCRA étaient conscients dès le début des difficultés qu'ils auraient à affronter tant pour remplir leurs missions, tout particulièrement en matière de communications radios mais également en matière de sécurité entrainant une nécessité de clandestinité totale. 

    Quand Henri Frenay le chef de Combat fait une véritable scène à Cordier au risque de se faire remarquer, sous le prétexte qu'on ne lui donne pas les fonds dont il a besoin, on reste admiratif devant la maitrise de soi de ce dernier face aux insultes et menaces. 

    Jean Moulin passera le plus clair de l'année 1942-1943 à lutter contre les intrigues des trois principaux chefs des mouvements pour se maintenir en poste et tenter de faire comprendre que De Gaulle est confronté lui aussi à la cabale dirigée contre lui par Roosevelt et son secrétaire d'Etat. Le président américain continuant imperturbablement quasiment jusqu'à la fin de la guerre à ne reconnaître que Vichy, et Churchill qui a besoin de l'armement US n'osant pas s'opposer à pareille attitude injustifiable même si l'on sait que le général n'était pas facile à vivre. 

    En fin de compte le livre nous montre comment se profile à l'horizon une quatrième république qui comme la précédente va briller par son incompétence, sa valse gouvernementale (21 en tout de 1946 à 1957), allant de compromission en compromission, de scandale en scandale. Après la fondation de la cinquième république il ne faudra pas longtemps pour que les mêmes acteurs reviennent fin 1974 sur le devant de la scène et entame le petit jeu malsain qui aboutit aujourd'hui au délabrement auquel nous assistons. 

    Rien n'a changé en 70 ans, les vieux démons sont toujours là, les ambitions par dessus la tête de citoyens que cela amuse, ce qui est le plus grave, se perpétuent. 

    Le livre s'achève de façon bouleversante lorsque Cordier rentrant de Lyon apprend que son patron a été arrêté et dont il ne connaitra le nom qu'en fin 1944. Il faudra qu'une fois de plus avec sa morgue et sa suffisance Henri Frenay lors d'une émission des dossiers de l'écran dans les années 70 le traite en subalterne avec un mépris total devant les autres participants tous anciens résistants silencieux et consentant, tandis que Frenay profère des accusations contre Moulin sans apporter la moindre la preuve, pour que Cordier décide de se lancer dans des recherches qui aboutiront à sa biographie de Jean Moulin ainsi qu'à l'ouvrage ci dessus commenté. 

    Comme au temps de sa mission Cordier a montré sa ténacité et son courage incontestable. 

     

     


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  • Commentaires

    1
    Lundi 6 Février à 14:33

    Coucou Claude,

    heureusement qu'avec mes gènes je me sens plus universelle que française!

    Quoique je ne sais quelle nation est à peu près correcte!!

    Peut être chez  les esquimaux?

    Bises @ +++

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