• Je voudrais mourir sur scène....

    posté le lundi 29 janvier 2007 sur blogspace

    Hier au soir vers 22h lorsque le rideau s'est refermé sur les deux scènes du Sexe faible d'Edouard Bourdet, que je jouais avec un de mes camarades de la troupe de Cour et Jardin, j'ai de nouveau éprouvé cette extraordinaire jubilation qui fait que l'on voudrait que tout s'arrête pour savourer indéfiniment ces minutes oh combien trop courtes de communion avec le public.

    Il faut être monté sur un plateau, être là derrière le rideau avant qu'il ne se lève ou ne s'ouvre pour comprendre ce que l'on ressent.

    Il y a bien sur le trac d'abord; cette impression de quelques secondes qui fait que l'on croit ne plus connaître son texte. On est vraiment maso!

    Il y a le brouhaha confus du public qui finit de s'installer et qui vous en demande chaque fois davantage.

    Ensuite le silence se fait et l'on est là sans parachute devant le vide et le silence rompu seulement par le bruit des anneaux du rideau qui glissent sur ses tringles et la lumière aveuglante des projecteurs à laquelle il va falloir s’accoutumer en quelques millièmes de seconde pour ne pas se déconcentrer.

    Il y a les pulsations de son cœur qu'on doit immédiatement occulter pour que le trac ne s'installe pas davantage et finisse par vous bloquer.

    Au même instant sans que vous sachiez comment ni pourquoi, vous avez une sensation enivrante qui fait que vous savez que le public va "marcher", que vous allez le mettre dans votre poche! Et là le trac disparaît instantanément et vous lancez votre première réplique et tout s’enchaîne. Que la scène dure 3 minutes ou 1 heure, tout semble hors du temps et fuir à la vitesse de la lumière!

    Les éclats de rire, quand vous jouez la comédie, le silence pesant quand vous jouez un rôle dramatique, sont autant de catalyseurs, de coups de pouce qui vous incite à donner le meilleur de vous même.

    Et puis la lumière s'éteint, le rideau tombe, les applaudissements éclatent.

    Vous avez gagné, vous jubilez de bonheur. Vous vous êtes peut-être dépassé, vous savez bien sûr ce qu'il faudra retravailler pour la prochaine fois, mais vous voudriez que le temps suspende son vol et qu'il n'y ait pas de retour à la réalité quotidienne.

    Vous voudriez embrasser votre public, embrasser l'auteur et votre metteur en scène de vous avoir permis de savourer ces minutes de bonheur qui vous ont permis d'être un autre, loin de tous les soucis quotidiens.

    Quand ça ne marche pas , et cela aussi arrive, c'est d'abord la gifle car vous savez que cela vous plaise ou non, que le public a eu raison et que vous avez failli à ce cadeau unique et éphémère dont vous avez la chance de bénéficier.

    Vous vous êtes en quelque sorte trahi, vous avez trahi l'auteur qu'il soit vivant ou mort, vous n'avez pas rempli votre contrat avec le public qui vous faisait confiance, vous lui aviez fait une promesse et ne l'avez pas tenu.

    Mais dans tous les cas vous savez que vous ferez tout pour revenir et pour vous faire pardonner ne fut-ce que pour vous droguer de ces feux de la rampe!

    Merci public, merci Edouard Bourdet, merci Raphael, tu a été un merveilleux partenaire hier au soir...

    Pour ceux ne connaissant pas la pièce en voici un court résumé:

    La scène se passe au Ritz le soir du bal de l'Interallié. Nous avons bien entendu modernisé la situation mais il faut savoir que Bourdet écrivit cette pièce dans les années 20 avec comme créatrice principale du rôle de la comtesse la grande Marguerite Moreno.

    Antoine est le maître d'hötel. Nous sommes dans la galerie de l'établissement menant au bar. La comtesse prise les jeunes gens à qui elle veut bient rendre des petits services à condition que ces derniers lui témoignent une certaine affection. Son mari le Comte lui moisit à Vichy, laissant son épouse libre de faire ses fredaines.

    Quand le rideau se léve, seuls sont en scène Cristina Leroy Gomez épouse de Philippe Leroy Gomez dont elle s'est séparé du fait des infidélités de son mari, et Carlos Pinto un des nombreux gigolos fréquentant l'hôtel et amoureux fou de Cristina qui lui avait donné autrefois une bague (un saphir) mais que cette dernière à repris au cours d'une de leurs disputes. La comtesse entre en scène et surprend la conversation entre les deux amants et le retrait de la bague. Philippe le mari de Cristina qui va susciter l'intérèt de la comtesse, est l'amant d'une certaine Louba, une émigrée russe qui a joué au baccarat une rolls qu'elle devait livrer à son propriétaire et bien entendu si Philippe ne trouve pas un moyen de racheter la Rolls au joueur gagnant, Louba ira en prison. Avant la scène que nous avons joué, Philippe s'est confié à Antoine. Où trouver l'argent? Mais voilà que la comtesse passe dans le fond de la galerie ce qui donne l'idée à Antoine toujours serviable, de proposer à Philippe de les faire se rencontrer , ce que ce dernier accepte à contre coeur car  Antoine lui a fait comprendre qu'il faudra "qu'il donne de sa personne" en échange du petit service demandé. "Ca va être affreux" réplique Philippe en voyant l'allure de la dame! Antoine cynique lui répond "je vous donne ce que j'ai Monsieur Philippe"! Nous somme donc arrivés au moment où la comtesse Polaki rejoint Antoine demeuré seul et qui a donné le conseil à Philippe de passer par là quelques minutes plus tard pour donner l'occasion à la comtesse d'apprécier le corps du délit!

    Au troisième acte on retrouvera la comtesse furieuse car Philippe lui a posé un lapin. Il faut dire qu'il a rencontré dans le hall son ex femme, s'est confié à elle et celle ci s'est mise en tête de lui trouver une solution elle-même. Entre les deux choix son coeur n'a pas balancé évidemment. La comtesse viendra se plaindre à Antoine et lui lancera cette délicieuse réplique : "La prochaine fois Antoine, vous m'obligerez d'envoyer vos pauvres, ailleurs". A quoi Antoine imperturbable répondra " Oui, madame la comtesse" tout en s'inclinant avec déférence. La pièce fut reprise en 1957 à la Comédie Française à l'Odéon qui était sa seconde salle. Jacques Charon interprétait le rôle d'Antoine et Denise Gence celui de la comtesse. La distribution éclatante comprenait entre autres, Robert Hirsh, Georges Descrières, Gabrielle Dorziat, Micheline Boudet, Jean Piat, François Chaumette et bien d'autres dans des décors somptueux de Suzanne Lalique qui avait reconstitué à l'identique la galerie du Ritz. C'est Jean Meyer qui avait réalisé la mise en scène. La pièce faisait alors son entrée au répertoire de la troupe. J'ai eu la chance de pouvoir assister à cette superbe production d'un théâtre qui avait une bien autre tenue que celle déplorable qui le caractérise aujourd'hui. Pendant la même saison un autre très grand succés était donné: Ouragan sur le Caine au théâtre en rond mise en scène par Jean Mercure un autre très grand nom du théâtre de l'époque. 

     


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 14 Février 2016 à 22:26

    Des instants qui marquent et qu'on ne voudrais jamais oublier.

    Tu as eu cette chance de pouvoir vivre cela, c'est exceptionnel! Bravo et bonne soirée

    Bises.

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