• Un grand homme peu connu des Français et un disciple insulté par l'Etat Français.

    Peu de gens connaissent le nom de Charles Laubry et pourtant combien de fois dans une vie ils sont confrontés à l'utilisation d'un appareil dont il fut l'un des co-inventeurs.

    Charles Laubry naît à Saint-Florentin le 11 novembre 1872, le jour de l’anniversaire de sa mère Virginie Laubry née Durand. Son père, Charles Laubry, né en 1845 à Avrolles, avait été instituteur sous Napoléon III, mais pris par la politique, il avait quitté l’enseignement. Il termine sa carrière politique comme sénateur de l'Yonne.

    L’année suivant sa naissance, le trio familial s’installe à Flogny, à une douzaine de kilomètres de Saint-Florentin, tout d’abord en plein centre du village. Ayant acquis une maison située au milieu d’un terrain assez vaste bordé par le canal de Bourgogne et la route de la gare, ils y habitent de façon définitive. L’enfant, qui devait rester fils unique, grandit au milieu de la nature. Il fait ses études primaires à Flogny puis est inscrit au collège de Tonnerre pour poursuivre ses études secondaires. Il prépare un baccalauréat de lettres avant de s’inscrire à la faculté de médecine. Il se marie en 1906 avec Gabrielle Michel.

    En 1907, après de longs mois de recherches avec Henri Vaquez et Emile Spengler ils inventent le brassard tensiomètre permettant à mesurer la pression artérielle.

    Il crée en 1937 la Société française de cardiologie qui compte aujourd'hui 3 000 membres. Il est élu membre de l'Institut de France, section Académie des sciences, honneur que lui avaient valu ses travaux sur la tension artérielle et la découverte de la mesure clinique de la tension artérielle avec mise au point de l'appareil de mesure sphygmomanomètre avec brassard. Cet appareil porte son nom et celui de son maître Henri Vaquez. Il meurt le 11 août 1960 à Flogny où il est enterré. (source: wikipédia)

    Mon père eut la chance d'être son étudiant puis de se voir son assistant au début de sa carrière. C'est Laubry qui permit à mon père de trouver une solution à la situation scandaleuse dans laquelle il était mis par les autorités françaises quand il voulut exercer aussi bien à l'hôpital qu'en privé son métier de cardiologue.

    Originaire de Hongrie, naturalisé Français en 1929 après avoir émigré pour venir faire ses études de médecine en France, il s'avérait qu'il n'avait pas le baccalauréat français. Il était néanmoins diplômé de la faculté de médecine de Paris avec un diplôme de spécialité en cardiologie faisant suite à la soutenance de sa thèse en Juillet 1927 et en Médecine coloniale en décembre 1926.

    Ces diplômes et une lettre particulièrement élogieuse du professeur Laubry, sur ses conseils, il partit s'installer en Egypte en 1930 sauf erreur. Il commença alors à travailler à l'hôpital français du Caire qui le titularisa dans ses fonctions  en février 1934. C'est de ce moment qu'il créa le service de cardiologie et des maladies des vaisseaux dudit hôpital qu'il dirigea jusqu'à notre départ définitif d'Egypte en Juillet 1952.

    L'idée de quitter l'Egypte était à l'ordre du jour depuis 1948-1949, mes parents voyaient venir les troubles de plus en plus graves qui finiraient par se traduire  par la mise à la porte pure et simple des européens installés dans le pays.

    Le problème de l'exercice de la médecine en privé se reposait donc à nouveau d'autant plus que mon père s'était totalement intégré dans la société française, maîtrisant de façon magistrale et sans le moindre accent la langue française. Un hôpital de New York offrit à mon père un poste en or de cardiologue, qu'il refusa considérant que son pays d'adoption était la France et aucun autre.

    L'Etat Français qui par contre ne considérait pas le baccalauréat comme nécessaire pour sa mobilisation en Mai 1940, exigea alors que mon père non seulement passa son bac, mais également repassa également les épreuves de qualification comme docteur en médecine et cardiologue.

    Cette insulte ne suffisant pas, une nouvelle se matérialisa dans la date des diplômes obtenus:

    Le ridicule document de "Culture générale française" daté du 9 novembre 1949! Mention assez bien! Il n'est pas sûr que les individus qui le lui ont accordé eussent le même niveau de culture générale!

    Pire il obtint le diplôme de Docteur en médecine en date du 3 Juin 1953, ce qui veut dire, aucune mention rétroactive n'étant faite sur le document, que de 1926 à 1953 il exerça la médecine en fraude si l'on poursuit le raisonnement jusqu'au bout !

    Non content de cette première insulte le Conseil National de l'ordre de Médecins en date du 19 février 1954 lui a reconnu sa qualité de Cardiologue, là encore si l'on poursuit le raisonnement jusqu'au bout, spécialité qu'il aurait exercé en toute impunité de 1927 à 1952!

    Voilà comment l'Etat Français traite ses citoyens et il ne faut donc pas s'étonner du mépris total que je voue à notre pays quelles que soient ses orientations politiques. 

    On me dira que j'aurais dû alors quitter la France, facile à dire, moins facile à faire quand on a une famille et des obligations familiales à remplir.

    Mon père poursuivit sa carrière comme assistant du professeur Pierre Soulié (une rue du XXe arrondissement de Paris porte le nom de ce dernier) qui était d'ailleurs un de ses anciens camarades de promotion chez Laubry, ainsi que sa profession de cardiologue en privé, adoré de ses patients qui disaient en souriant que l'on ne pouvait résister et mentir sous son regard bleu acier; il vous coinçait quelques minutes après votre mensonge en vous disant, sourire narquois au lèvres: "Tout à l'heure vous m'aviez dit que..."


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  • Commentaires

    1
    Samedi 23 Mars à 23:58

    Oh quelle honte Claude,

    je n'imaginais pas l'état français ausi hypocrite à cette époque!

    Belle défense tu aurais fait un bon avocat.

    Bises de Sylvie.

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