• Sonnet à Mme Allan-Despréaux (Alfred de Musset)

    Se voir le plus possible et s'aimer seulement

    Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,

    Sans qu'un désir nous trompe, ou qu'un remords nous ronge,

    Vivre à deux et donner son cœur à tout moment

     

    Respecter sa pensée aussi loin qu'on y plonge,

    Faire de son amour un jour au lieu d'un songe,

    Et dans cette clarté respirer librement

    Ainsi respirait Laure et chantait son amant.

     

    Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,

    C'est vous la tête en fleurs qu'on croirait sans souci,

    C'est vous qui me disiez qu'il faut aimer ainsi.

     

    Et c'est moi , vieil enfant du doute et du blasphème,

    Qui vous écoute et pense , et vous répond ceci:

     

    Oui, l'on vit autrement , mais c'est ainsi qu'on aime.

     

    Née Louise-Rosalie Ross (1810-1856), la future Mademoiselle Despréaux est découverte par le grand Talma à Bruxelles et est engagée à la Comédie-Française pour interpréter des rôles d'enfants, pendant qu'elle étudie au Conservatoire. En 1825, elle est engagée pour jouer les rôles d’ingénues. Sa première apparition est dans L'Argent, où elle joue le rôle de Jenny.

    En 1831, le directeur du théâtre du Gymnase la persuade de rejoindre sa troupe et pendant six ans, elle multiplie les succès. Elle épouse alors l'acteur Allan.

    En 1837, elle est engagée au théâtre Michel, le célèbre théâtre français de Saint-Pétersbourg qui avait ouvert quatre ans plus tôt. Elle y triomphe dans des emplois de grande coquette pendant plusieurs années devant Nicolas Ier, l'aristocratie russe et l'intelligentsia pétersbourgeoise.

    En rentrant à Paris en 1847, elle fait jouer une pièce restée dans l'oubli en France, mais découverte et jouée par elle à Saint-Pétersbourg, Un caprice d'Alfred de Musset, avec qui elle vivra une liaison de 1848 à 1850. C'est le début du succès des pièces de Musset à la Comédie-Française entre autres.

    Elle interprète Par droit de conquête, Péril en la demeure, La joie fait peur, Lady Tartuffe, des pièces courtes et subtiles. Jouant aussi aux côtés de la grande tragédienne Rachel, elle est alors à l'apogée de sa carrière.

    Le jour de son enterrement, Alfred de Musset sera présent au Père Lachaise. (source: Wikipédia)

    Alfred de Musset lui dédia ce très beau sonnet que personnellement je mets au même niveau que la ballade à la lune un des chefs d'oeuvres de la poésie française du même auteur.

     


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 12 Février 2016 à 22:52

    Article très touchant Claude,

    c'est très émouvant.

    Bises.

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    2
    Samedi 13 Février 2016 à 03:29

    Oui j'aime beaucoup ce sonnet, je l'ai passé un jour à mon cours de théâtre et j'avoue que j'avais la gorge nouée en le terminant péniblement dans un silence total du cours..

    Drôle de personnage que ce Musset, bambocheur le moins que l'on puisse dire et si sensible en même temps, mon poète préféré et j'adore ses proverbes. J'ai les enregistrements audio d'un Caprice et de On ne saurait penser à tout. Dans le premier c'est Claude Winter, Lise Delamare et Maurice Escande qui jouent divinement ce merveilleux petit acte, dans le seconde il y a l'inenarrable Jacques Charon, Yvonne Gaudeau au rire de cristal, et Maurice Escande. Quelle troupe il y avait au Français dans ces années 50! Des dictions parfaites, une inventivité dans les jeux de scènes qu'aucun des acteurs actuels du Français ne possèdent. Même Paul Emile Deiber le disait lui-même, ils constituaient une troupe unique dans l'histoire du théâtre et du Français en particulier. Tempi passati...

    Bises

    Claude

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